Jeunes accompagnés. Identification et valorisation des compétences : la foire aux outils

Jeunes accompagnés. Identification et valorisation des compétences : la foire aux outils

Identifier et valoriser les compétences transversales des jeunes est devenu chose incontournable pour les professionnels jeunesse. Les organisations et grands réseaux conçoivent des livrets de compétences avec à l’appui des méthodes somanueluvent proche d’usages classiques de repérage par questionnaires. (1) Avec le numérique, chaque année voit aussi son lot d’applications et sites web apparaître autour des compétences. Attractifs, esthétiques, multi-cibles… comment faire un choix parmi tous ces supports ? Voici quelques principes et conseils qui vous guideront vers la solution adaptée à vos besoins.

D’abord de quelles compétences s’agit-il ?

C’est bien souvent le cadre institutionnel qui dirige les professionnels vers tel ou tel référentiel de compétences. Uncentre social bénéficiant de fonds Erasmus+ travaillera autour des 8 compétences clés de l’UE pour délivrer un « youthpass » (2), un conseiller de mission locale utilisera la boîte à outils de la Garantie jeunes (3), au lycée l’enseignant trouvera dans le socle de l’éducation nationale le périmètre du parcours avenir (4). Ces trois situations sont révélatrices d’une actualité de la compétence aux contours nouveaux : identifier des compétences chez les jeunes dans le cadre d’un accompagnement social ou éducatif est devenu une activité à part entière. Exit les compétences « professionnelles », il s’agit là de s’intéresser aux « compétences transversales », « transverses », « clés », « de base », « soft skills »…. Il n’existe actuellement pas de définition univoque pour tous les acteurs qui ont tenté de définir cette notion. Cette variabilité d’appellation témoigne d’une véritable difficulté à stabiliser une approche commune.

Nos conseils : Si vous êtes débutant, nous vous conseillons de laisser aux professionnels outillés ce qui relève des compétences non cognitives (curiosité, confiance en soi, empathie…) et de ne pas s’engager dans un mélange des genres au détriment du jeune bénéficiaire. Pour définir votre cadre théorique autour des compétences, il vous faut passer par un peu de lecture et faire votre tri (ici: compilation de ressources : http://www.skillpass-game.com/ressources), ne serait-ce que pour circonscrire votre champ d’intervention et éviter les solutions numériques fourre-tout où l’on trouve qualités, traits de personnalité et attitudes gradués avec des questionnaires d’auto-évaluation en ligne.

S’il y avait une ressource à découvrir: « compétences clés » G.Evequoz

Quelle méthode pour aider les jeunes à identifier des compétences transversales ?

Inutile de chercher à réinventer la roue en matière d’identification des compétences. Depuis plus de 20 ans des praticiens ont mis à disposition nombre de méthodes (voir ici quelques outils rassemblés) croisant les principesde la pédagogie active et de la psychologie.

Quelques éléments de base nous apparaissent essentiels pour une démarche avec des jeunes : la dimension collectiveet accompagnée dans la structure pédagogique. L’approche située et contextualisée de la compétence (la compétence est liée à un contexte), la verbalisation de la compétence (explicitation), l’apprentissage de la méthode (métacognition).

Ce que nous recommandons : il nous semble essentiel que la démarche soit éducative pour outiller le bénéficiaire et le rendre progressivement autonome dans ce processus. En réinvestissant ensuite ses acquis, le jeune étend son répertoire des possibles. Et lorsque le cadre est collectif, de pairs à pairs, il en perçoit plus vite la finalité pour une exploitation personnelle. Nous préconisons pour ceux qui démarrent dans ce processus complexe de ne pas chercher à aller dans l’être profond des individus pour tenter de déterminer ce qui les prédestine à exercer tel ou tel travail mais plus « simplement » à regarder dans les expériences de vie ce qui constitue des preuves de leurs capacités à faire ou à agir. Le référentiel choisi sert de grille de lecture et de compréhension de ces expériences de vie. La condition du développement des compétences des individus est dans la reconnaissance qui n’est pas le fruit unique d’un travail personnel sur soi mais d’une élaboration collective.

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Comment instrumenter la démarche par le numérique ?

Id6 a missionné un groupe d’étudiants qui a identifié et comparé plus d’une trentaine de solutions numériques autour des compétences (5). En participant à des webinaires, des démonstrations et autres tests l’équipe a reconnu la qualité technologique de chacune de ces solutions. Elles offrent différentes formes d’interactions homme/machine qui vont d’un degré de guidance très élevé à une appropriation en autonomie complète (prenant souvent la forme de succession de questions). Avec ces applications, les jeunes « entrent » des expériences sous différentes formes : textes, photos, documents pdf… en cela, le numérique peut aider à organiser la collecte puis le rangement de toutes ces informations. Certaines applications/e-portfolio génèrent des cartes ou des schémas « automatisés » selon les données renseignées, permettant aux jeunes de rendre visibles leurs « compétences/talents/capacités… ».

D’autres supports numériques tels des jeux sérieux peuvent être utiles. Une étude toute récente (6) a permis de comparer méthode classique d’accompagnement et méthode ludo-éducative auprès de 251 demandeurs d’emploi. Le résultat montre une différence significative sur le groupe « serious game » (130 demandeurs d’emploi) : engagement renforcé, démarche plus stratégique, davantage de prise d’initiatives, etc. que le groupe « méthode classique d’accompagnement » (121 demandeurs d’emploi). Mais ce résultat est évidemment (et surtout) à rapprocher de la pédagogie associée à l’utilisation de l’outil vidéoludique : formation des conseillers aux pédagogies actives et du jeu, animation des ateliers en présentiel et en collectif.

Ce que nous recommandons : à l’image de n’importe quel outil, c’est l’usage qu’en fait le professionnel qui détermine son efficacité. Si celui-ci a été oublié dans la conception de l’outil ou que ce dernier prétend s’autosuffire, alors il est probable que vous resterez sur votre faim en l’utilisant. La question à se poser lors du choix d’une application numérique est donc : Qui a le contrôle dans le processus ? est-ce la machine (l’algorithme) ou l’individu ? En bref : qui fait le job ? Si vous deviez former des jeunes au calcul, vous contenteriez-vous de leur remettre des calculatrices ou préférez-vous lesautonomiser dans l’acquisition de cet apprentissage ?

Nous vous conseillons de bien scénariser votre démarche en testant des supports numériques et la place qu’ils peuvent avoir dans le processus d’identification et de valorisation. Il n’y a pas de standards d’usages, tout dépend de votre public cible et de vos objectifs.

Conclusion

De nombreux référentiels ou livrets de compétences s’adressent aux professionnels de l’insertion professionnelle, de l’éducation, de la formation, de la gestion des ressources humaines, etc. émanant d’institutions telles que la Commission Européenne, l’OCDE, les ministères, des partenaires sociaux ou d’acteurs de la société civile… Chacun traduit une certaine approche et des objectifs donnés : ici, certifier un socle d’acquis minimaux à tout emploi, là permettre d’évaluer les résultats d’une mobilité… Il est important de faire le point sur le cadre référentiel utilisé : qui l’a produit ? quelles sont les références ? quelle portée ? et pour quoi faire ?

Avec le numérique, la démarche n’est simplifiée qu’en apparence, il est facile de tomber dans le piège d’un processus automatisé sans intérêt en termes d’apprentissages. Pour l’objet qui est le nôtre, à savoir permettre aux jeunes d’identifier et valoriser leurs acquis compétenciels, nous recommandons d’élaborer une approche inductive en collectif : partir des expériences pour « remonter » vers le référentiel. Cette approche passe par plusieurs étapes – biographie, analyse, récit, échanges entre pairs, etc. – que le numérique peut enrichir à condition d’avoir pensé, en amont, un scénario pédagogique centré sur l’apprenant.

Aider à identifier des compétences est complexe et ne s’improvise pas. Si vous avez un peu de temps à consacrer à vous former, nous vous conseillons une session de 2/3 jours sur les bases de l’entretien d’explicitation. Cette technique de questionnement pourra vous être utile quelle que soit l’activité que vous conduirez.

Note:

*Id6 est producteur-auteur d’un dispositif d’identification et valorisation des compétences – SkillPass – qui s’utilise en amont et en aval des supports existants. Il s’appuie sur un référentiel « méta » permettant d’aborder plusieurs types de référentiels et propose une application pour renseigner tous type de livrets de compétences. Id6 est aussi impliqué dans un projet d’ampleur visant à calibrer les compétences transversales (RECTEC)

Références:

1- Pour découvrir les livrets de compétences récemment édités : http://www.skillpass-game.com/ressources: renseigner « Livret de compétences » dans le moteur de recherche

2- Youthpass

3- Boite à outils Garantie jeunes

4- Parcours avenir

5- Pour découvrir quelques supports numériques : http://www.skillpass-game.com/ressources: choisir « supports numériques» dans le menu déroulant

6- NdaoML, etal. Les serious games dans le monde de l’insertion: étude comparative entre méthode classique et méthode ludo-éducative. Psychologie du travail et des organisations (2017), http://dx.doi.org/10.1016/j.pto.2017.02.002